Je suis quelqu’un qui a la chance d’avoir eu une mère et un grand-père doués avec leurs mains, et le fait d’avoir été à leurs côtés pendant qu’ils travaillaient m’a appris à sentir les choses avec un esprit créatif et curieux.
Ils m’ont donné l’intérêt pour l’imagination et la création, petit je dessinais tout le temps et puis à l’adolescence je suis passé à la musique, ensuite, adulte, j’avais mon petit atelier de peinture à l’huile.
Que ce soit de près ou de loin, j’ai toujours été attiré par l’art qui ne m’a jamais vraiment abandonnée. En fin de compte et malgré plusieurs détours de carrière, j’ai fini par découvrir une passion pour le nu artistique qui est très vite devenu mon unique travail.

C’est ainsi que se présente le photographe Marco Barbera.

© Marco Barbera
© Marco Barbera

Marco quand as-tu commencé à penser photo ?

J’ai acheté mon premier reflex quand ma première fille est née. C’était elle mon premier modèle. Je ne shootais pas pour l’art, mais pour la mémoire. Pendant longtemps j’ai continué dans cette optique « reportage familial » et je faisais marginalement un peu de photographie de paysages de nuit et d’astrophotographie.

Qu’est-ce qui t’a amené au nu artistique ?

Un jour, je suis parti vivre dans une île perdue de l’océan indien et c’est là-bas qu’un certain nombre d’éléments se sont combinés en ma faveur, parmi lesquels mon ami Nacho qui m’avait proposé de monter un petit studio. Je vais m’attarder sur cette anecdote, parce qu’elle est le déclencheur de ma passion pour le nu artistique et du tournant qu’a pris ma vie depuis ce jour.
A cette époque, je ne savais même pas utiliser correctement mon flash cobra, mais l’excuse de monter un studio pour me remettre dans une perspective artistique m’avait déjà conquis.Nous avions acheté un peu de matériel bon marché et c’est moi qui avais eu l’honneur de l’inaugurer.
La veille du shooting, j’avais avalé plusieurs tutoriels d’éclairage sur YouTube et convaincu ma femme de poser pour moi… L’unique « studio » que j’avais trouvé était une tour abandonnée en lisière d’une plage. Le set ne devait pas mesurer plus de 8 m2, et aucune barrière sur les côtés pour nous protéger d’une possible chute de 3 mètres sur les décombres entassés au bas. Vu les dimensions ridicules du set, je ne pouvais shooter qu’avec un 16-35mm, une optique qui n’est pas la plus recommandée au vu des distorsions qu’elle tend à créer. Malgré la chaleur, l’humidité et la poussière, on a tenu bon pendant 3 heures, jusqu’à ce que ma femme n’en puisse plus…

Cette expérience a été pour moi une révélation, j’aurais pu continuer pendant encore des heures. J’avais découvert un nouveau monde et je voulais désormais me l’approprier.
Deux mois plus tard, j’apparaissais pour la première fois dans une revue et j’exposais 5 de mes tableaux dans un festival. Ce n’était certes pas une galerie d’art, mais pour moi c’était déjà beaucoup.

Quelle est ta vision de cette discipline ?

Le corps féminin est une merveille, mais je pense qu’une photographie de nu doit aller au-delà de la simple exposition d’un corps et ma conviction est qu’elle n’a de la valeur que lorsqu’elle suscite plus qu’un intérêt visuel.
L’esthétique – d’ailleurs trop souvent associée au concept de beauté – est certes un aspect fondamental, mais je ne crois pas qu’elle soit suffisante en tant que telle.
Un cliché de nu artistique doit apporter du sens au travers d’un message ou d’un symbolisme plus ou moins cachés. On ne peut certainement pas espérer faire de l’art à chaque fois que l’on appuie sur le déclencheur, mais on devrait au moins se mettre dans cette perspective.

Dans mon travail, j’utilise la nudité en tant que symbole de transparence, d’absence de filtre. Nous vivons des vies d’apparences, nous nous identifions à des modèles qui contredisent notre identité et nous trahissons volontairement qui nous sommes pour complaire les critères de notre monde. On le fait tellement bien qu’on finit par croire que c’est ce que nous sommes, alors que ce n’est qu’un masque.
La nudité fait tomber ce masque, c’est une clé de lecture qui vise à transmettre un message et des émotions de manière authentique. Le symbolisme décrit par les postures, les jeux d’ombres et les formes cherche à mettre en évidence des notions qui sont parfois perçues – à tort – comme contradictoires, telles que la relation entre la fragilité et la force, deux dimensions très présentes dans la représentation féminine contemporaine et qui sont aussi visibles au travers d’autres thèmes tels que la sensualité ou encore l’énergie sexuelle.
Les thèmes de l’identité, du « retour vers soi » et de la spiritualité sont également des sujets auxquels je suis particulièrement sensible.

Quelques conseils pour les débutants en photo de nu artistique ?

Avoir une vision est sans aucun doute la première chose à développer. Affirmer sa propre personnalité et son opinion, très loin de l’influence de son entourage et des autres artistes, qu’ils soient reconnus ou non.
Une vision est personnelle, elle ne se copie pas. Je ne veux pas dire par là qu’il ne faut pas s’inspirer des autres, les plus grands ont toujours été les meilleurs de la classe à ce jeu-là. Mais comme disait Picasso, « Les bons artistes copient, les génies volent ».

L’attitude du photographe est aussi très importante, car elle détermine en grande partie la qualité de la collaboration avec le modèle. C’est un aspect qui se retrouve aussi dans d’autres disciplines de la photographie, mais ici elle revêt une importance cruciale. Le but est d’élever le niveau de la collaboration autant que possible. Pour cela, il faut avoir certaines qualités relationnelles pour savoir créer la confiance et dissiper le stress et les doutes que la personne en face de nous pourrait avoir.
Savoir communiquer verbalement et non-verbalement pour se faire comprendre est bien plus important que de connaître tous les petits secrets de son appareil photo. Pour ces raisons, je conseillerais surtout de débuter avec une personne proche et de confiance avec laquelle la complicité est déjà présente.

As-tu d’autres projets photo ?

Ma priorité ce sont mes sessions privées, parce qu’elles me donnent le sentiment d’être à ma place et d’apporter quelque chose de spécial à mes clientes.
Par ailleurs, j’ai l’intention d’élargir mon éventail de destinations pour réaliser mes sessions privées dans d’autres villes d’Europe, notamment au nord.

A part ça, j’ai l’intention de m’investir dans des projets bénévoles de photographie de portraits artistiques, pour les hôpitaux notamment. Cette idée a surgi l’année dernière suite à un événement familial douloureux qui m’a ouvert les yeux sur la condition déshumanisée de l’univers hospitalier que nous devons absolument changer.

Merci Marco pour ton partage je suis certain que tes paroles inspireront tous les lecteurs du club Azimut-photo, nous te souhaitons de pouvoir réaliser ce beau projet et continue à nous émerveiller de tes images.

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